Designer une voiture aux couleurs d’une autre marque a toujours été tentant pour les industriels. Toutefois, si le principe reste simple, les risques sont importants : perte de valeurs, ROI inexistant… D’autant que les investissements pour de telles innovations diffèrent d’un simple co-branding entre un rouge à lèvre et une icône fétichiste américaine… En matière de co branding, l’industriel est face à deux choix : - Associer sa marque à une seconde marque génératrice d’attributs symboliques additionnels. On parle alors d’un « co-branding symbolique ». Citons par exemple l’échec de la TWINGO BENETTON (complémentarité et cohérence des images de marque discutables)
- Associer sa marque à une seconde marque de l’un de ses principaux composants. On parle ici de « co-branding fonctionnel ». Co conçu et co signé entre les marques, le produit a pour objectif de promouvoir la complémentarité des savoir faire. La difficulté consiste à déterminer le principal composant de la voiture (sellerie, couleurs de la carrosserie, système audio…) qui servira de dénominateur commun, de point d’ancrage pour légitimer l’association. Car en effet (et ceci est valable dans les deux types de co-branding) les facteurs clefs du succès sont la légitimité des marques à s’associer (marque d’accueil et marque invitée).
Rappel des objectifs
Pour la marque d’accueil, le co-branding permett d’affiner son ciblage, d’exprimer ou de renforcer son positionnement et de stimuler ses ventes (appuyé par la notion de rareté de la série limitée). Pour la marque invitée, le co-branding permet de pénétrer de nouveaux marchés, de créer un événement autour de sa marque, et de générer du chiffre d’affaire additionnel.
De BALMAIN à BONNE NUIT LES PETITS ou l’histoire du co-branding automobile…
L’un des premiers industriels à ouvrir la voie est PEUGEOT. En 1972 (et oui) le constructeur Français s’associe avec la maison BALMAIN pour une série spéciale de la 104… Il faudra ensuite attendre 10 ans pour que cet essai se transforme en une véritable épidémie du co-branding. Une épidémie qui commence mal, avec l’association CITROEN et France 3. Cette année là, CITROEN est sponsor officiel de l’AMERICA’S CUP. Le voilier représentant la France s’appelle France 3 (rien à voir donc avec la chaine TV du même nom). De quoi légitimer pour le constructeur une série 2 CV France 3. Déjà peu favorable à cette alliance, le directeur des relations publiques de CITROEN de l’époque, Jacques WOLGENSINGER, avouait : « On est pour une fois un peu loin du monde l’automobile ». En effet, les ventes se limiteront à 2.000 unités…
5 ans plus tard, en 1977, c’est au tour de PORSCHE de tenter l’aventure avec un partenariat qui aujourd’hui serait totalement interdit : la 924 MARTINI. Pour l’anecdote, PORSCHE a, dans son histoire, co brandé ses véhicules à deux reprises uniquement : En 1977, la 924 MARTINI et en 1984 la 944 ROTHMANS. Si l’association entre industriels de l’automobile et ceux du tabac et des spiritueux est fréquente en F1 (MARLBORO…), elle constitue ici une première du genre dans l’automobile commercialisée auprès du grand public. Sur ces segments controversés voire interdits aujourd’hui en France, seul AUDI tentera en 2007 une association - qui n’en est finalement pas une – avec la série limitée « CHABLIS » lancée à 30 exemplaires… mais en Pologne…
Fort heureusement en 1984, PEUGEOT signe un co branding très remarqué pour le lancement d’une série spéciale de la 205, en partenariat avec la marque textile LACOSTE. De ce succès, découlera une kyrielle de séries limitées en co-branding.
Des séries spéciales pas si spéciales
La liste de ces alliances est longue : Rarement pertinentes, parfois burlesques. Sur plus de 3.700 séries spéciales analysées (63 constructeurs, 10 pays) seule une centaine de séries limitées en co-branding a attiré mon attention.
D’une manière générale, les segments des marques invitées sont presque toujours identiques. 8 segments autour des médias, de la mode / luxe, du sport, de l’entertainment, de l’IT / téléphonie et de l’alimentaire, Quant aux séries spéciales « villes », on ne peut parler de co branding au sens d’association de marques. Là encore, hormis quelques cas isolés (ANTIBES ou ILE DE RE) les villes sont toujours les mêmes quel que soit l’industriel (SAINT TROPEZ et MONTE CARLO en tête, utilisés par 1/3 des constructeurs analysés, de RENAULT à PEUGEOT et de CITROEN à LADA…
En guise de réjouissance pour celles et ceux qui ont eu le mérite de lire ce billet jusque là, voici, pour moi, le TOP TEN des associations les plus insolites :
01. La palme revient ex æquo à :
SUZUKI avec sa série spéciale « JACQUES DESSANGE ». Ce co branding est le seul de l’histoire de la marque SUZUKI. On comprend qu’après une si triste expérience, il est vrai un peu tirée par les cheveux, SUZUKI n’ai pas souhaité sévir de nouveau…
RENAULT avec sa série spéciale « CARTES JEUNES ». Avec plus de 30 séries spéciales en co branding, RENAULT est, de loin, la marque qui s’associe le plus avec d’autres marques. La probabilité était donc plus forte pour cet industriel de se retrouver dans ce TOP TEN
02. SKODA – Série spéciale « BONNE NUIT LES PETITS » (pour voyager comme sur un nuage ?)
03. VOLKSWAGEN – Série spéciale « ARTE » (pour des ventes proportionnelles à l’audience ?)
04. CITROEN – Série spéciale « NOUVELLES FRONTIERES » (pour faciliter le passage aux douanes ?)
05. RENAULT – Série spéciale « CLUB MED » (pour deux modèles achetés un GO offert ?)
06. CITROEN – Série spéciale « TIC TAC » (une petite boite rectangulaire avec des bonbons dedans)
07. OPEL – Série spéciale « HARIBO » (pour concurrencer la 205 LACOSTE ?)
08. RENAULT – Série spéciale « KISS COOL » (pour partir à la chasse aux lapins ?)
09. CITROEN – Série spéciale « BIC »
10. CITROEN – Série spéciale « M&M’S »
Co branding sur séries spéciales par constructeur
PEUGEOT : CHERIE FM, EDEN PARK, KOOKAI, LACOSTE, BALMAIN, LEE COOPER, TARTINE & CHOCOLAT, QUICKSILVER, ROLAND GARROS, KENWOOD, BOSE
RENAULT : COSMOPOLITAN, MTV, ELLE, NRJ, LANCEL, KENZO, BENETTON, CHIPIE, BENETTON, KENZO, AIGLE, LAFUMA, RIP CURL, EVIAN MASTERS, BILLABONG, OM, TINTIN, PLAYSTATION, LE ROUTARD, SPACE MOUTAIN, APPLE, NOKIA, BOSE, CLUB MED, L’OREAL, BIOTHERM, PERRIER, KISS COOL, CARTES JEUNES
CITROEN : PERRIER, TIC TAC, M&M’S, France 3, AIR France MADAME, MINISTRY OF SOUND, VIRGIN MEGA, BUDDHA BAR, BATMAN, SPIDERMAN, NEMO, ROSSIGNOL, HERMES, D&G, AGATHA RUIZ DE LA PRADA, K WAY, NOKIA, BLACK BERRY, TISCALI LIBERTYSURF, BIC, NOUVELLES FRONTIERES
MERCEDES : SWATCH
MAZDA : OUI FM, FUN RADIO
SUZUKI : JACQUES DESSANGE
SMART : ORANGE, MTV
DACIA : KISS FM
TOYOTA : VIRGIN RADIO, DYNASTAR, PUMA, WANADOO
KIA : ORANGINA, FIFA
SAAB : MEN IN BLACK
SEAT : KENNWOOD, MARIE CLAIRE
SKODA : BONNE NUIT LES PETITS, DISNEY ON ICE, STELLA CADENTE, RICA LEWIS
VOLVO : ELLE
OPEL : EURO 92, HARIBO, ANTIBES
LANCIA : COSMOPOLITAN, GLAMOUR, ELLE
FIAT : ROSSIGNOL, TOUR DE France, SCHUMACHER, DIESEL, SERGIO TACCHINI, MTV
VOLKSWAGEN : ARTE, ELLE, ADIDAS (2011)
BMW : KARL LAGARFELD
FORD : MTV, ELLE, COSMOPOLITAN, UEFA, SCHUMACHER
AUDI : BALMAIN, ARMANI, DAKAR
PORSCHE : ROTHMANS, MARTINI
NISSAN : CANON, PARAMOUNT, MARIE CLAIRE
JEEP : TOM RAIDER
Avec 5 séries limitées « ELLE » (RENAULT, VOLKSWAGEN, FORD, LANCIA et VOLVO) et 4 séries limitées « MTV » (SMART, FIAT, FORD et RENAULT), côté « innovation » et « émergence par rapport à la concurrence », je reste, pour ma part, sur ma faim…






